Respect et Singularité, les maîtres-mots de la Maison de Champagne Leclerc Briant

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La Maison de Champagne Leclerc Briant a pour l’instant vécu deux vies. La première commence en 1872 pour s’arrêter en 2011. Puis une seconde vie qui commence en 2012 et qui, l’espère Frédéric Zimett, directeur général de la Maison, ira le plus loin possible.

Frédéric Zimett, la Maison Leclerc Briant, est-elle une Maison de famille ?
La première vie de Leclerc Brillant, c’est une saga familiale oui. 5 générations successives de Leclerc qui gèrent la Maison depuis sa naissance en 1872 dans le petit village de Cumières. Les deux dernières générations sont très intéressantes.

En quoi la quatrième génération des Leclerc Briant, est si passionnante ?
La 4e génération, c’est Bertrand Leclerc, il a beaucoup fait évoluer la Maison familiale. D’abord au milieu des années 50, il s’est marié. Il a épousé une demoiselle, Jacqueline Brillant. Comme cela se pratique souvent en Champagne, le mari associe à son nom, le nom de jeune fille de sa femme. Leclerc est donc devenu Leclerc Briant. Et j’en remercie tous les jours Bertrand Leclerc, car même si j’ai beaucoup de respect pour Édouard Leclerc ça m’embêterait un tout petit peu de vendre du « champagne Leclerc » tout court.
Les affaires, à l’époque étaient prospères, Bertrand Leclerc, qui était encore dans la petite structure familiale, a décidé de déménager son business à Épernay, dans les locaux qu’on utilise encore aujourd’hui.
Enfin, Bertrand a abandonné le statut de récoltant-manipulant pour prendre celui de négociant-manipulant (cf article sur les mentions de Champagne). Il s’est donc autorisé à acheter du raisin auprès de vignerons champenois en plus des raisins de sa propre récolte.

Bertrand Leclerc fait parti aussi, de ces vignerons champenois à avoir dirigé sa viticulture vers le bio et la biodynamie ?
Il faut bien se remettre dans le contexte de la fin des années 50 avec le remembrement, l’après-guerre, les trente glorieuses. Il faut nourrir la France et donc réorganiser son agriculture/viticulture. C’est donc l’arrivée assez massive de tout ce qui se termine par « cide » : pesticide, insecticide, herbicide. Bertrand Leclerc, comme les autres, a commencé à utiliser tous ces produits qui permettaient d’éliminer les maladies et de produire plus de récolte. Sauf que Bertrand avait une maladie de la thyroïde. Il s’est vite rendu compte qu’après chaque traitement dans ses vignes, sa maladie s’aggravait et que sa thyroïde le faisait terriblement souffrir. Il a donc très rapidement abandonné l’utilisation de produits de traitement issus de la pétrochimie. C’est quelque part la naissance du bio et de la biodynamie chez Leclerc Brillant dès les années 60 même si à l’époque, on ne parlait pas de certification. Il ne l’a donc vraiment pas fait dans un but marchand, ni marketing, ni par souci de sauver la planète, le problème ne se posait pas encore, il l’a fait simplement parce qu’il souffrait. Donc quand on veut qualifier la quatrième génération, on pense à respect. Respect avec un grand R, de la terre, de sa santé, de la viticulture.

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Photo : Leclerc Briant

Bertrand a passé le relais à son fils Pascal, quel est la particularité de sa génération au sein de la Maison ?
Pascal a été au bout des certifications. À la fin des années 90, il a obtenu la certification bio pour l’ensemble du vignoble familial et vers 1995 la certification en biodynamie. Pascal était quelqu’un de très singulier dans sa façon de gérer la Maison. D’abord, il a été un des tous premiers à lancer les sélections parcellaires en Champagne. À l’époque, c’était vraiment mal vu. La Champagne promeut un produit issu d’assemblage. Assemblage de cépages, assemblage de différentes années et assemblage de crus. Pascal lui a fait du mono-cépage, mono-cru, mono-année. Pas du tout dans l’esprit d’être revêche, mais il estimait que la biodynamie se ressentait davantage dans le terroir. Il a voulu aller au bout de sa viticulture et de son produit.
Il a aussi été un des tous premiers à sortir des cuvées Extra Brut. Ce qui était aussi un crime de lèse-majesté à l’époque.

Pascal Leclerc a été très singulier dans sa communication également.
Très ! Plusieurs années de suite, il a été dans le Guinness Book des records pour avoir construit la plus haute et la plus grande pyramide de verres au monde. 5 jours de montage avec 5 personnes quelque part à Las Vegas au milieu des années 90. C’est assez fou quand on y pense.
Et enfin, il a inventé la descente de cave en rappel. Ici, nous avons un puits d’aération, ce qu’on appelle un essor, qui descend dans les caves à 35 m. Il y a installé une barre de force, on y accroche un harnais et on descend en rappel le long des 35 mètres. Encore aujourd’hui, il ne se passe pas un mois sans que les gens nous appellent pour nous demander si on pratique toujours la descente de cave en rappel. Pascal Briand, c’est vraiment le S de singularité. À la fois dans les produits qu’il a proposés et à la fois dans son mode de communication un peu hurluberlu disons-le.

Comment s’est effectué la passation avec la 6e génération à la mort de Pascal Leclerc ?
Pascal est mort fin 2010 en laissant 4 filles qui étaient vraiment très jeunes à l’époque et qui ont essayé, au départ, de gérer la Maison. Sauf qu’elles n’étaient pas vraiment formées et préparées à une telle gestion. 1 an après, sur les conseils de leur avocat et leur notaire, elles ont décidé de vendre. Elles ont vendu les 30 ha de vignes au grand négoce. Me concernant, avec un couple d’Américains Mark Nunelli et Denise Dupré, et notre chef de cave actuel, Hervé Gestin, nous avons racheté en 2012 les bâtiments, une centaine de milliers de bouteilles dans la cave, et un semblant de reste de réseau de distribution en France et à l’export. On peut dire que nous n’avons quasiment acheté que du rien si ce n’est un espoir.

Vous avez fait le choix de rester fidèle à la Maison originelle ou de changer totalement de stratégie ?
On s’est, en effet, posé la question au moment du rachat, mais en réalité, on connaissait déjà la réponse. Parce que si on veut avoir une chance d’exister, il faut qu’on produise des choses très différentes. Et la Singularité de la Maison Leclerc Briant elle passe par le respect de la vigne de la nature et des vins. C’est aussi notre philosophie. Donc nous avons gardé l’esprit de la Maison mais en la faisant évoluer.

Comment part-on de rien du coup quand on est une Maison champenoise ?
Nous avons repositionné la marque et avons reconstitué le vignoble. Nous étions tout de même partis avec une toute petite parcelle que les filles n’avaient pas vendue parce qu’elle touchait la maison. Un peu comme ci nous parlions du jardin de la maison familiale. Une parcelle de 30 are de vignes, qui s’appelle la Croisette. Puis, chaque année nous avons pu acheter x kilos de raisins provenant des anciens vignobles de la Maison. Nous avons donc assuré un relai entre le Leclerc Briant d’avant et celui d’aujourd’hui. Et petit à petit, nous avons racheté des parcelles.

Leclerc Briant, aujourd’hui, c’est combien d’hectares de vignes ?
14 hectares de vigne essentiellement en Premier cru et Grand Cru, plus une quinzaine d’hectares d’approvisionnement. Tout début 2013, pendant un premier déjeuner avec Thierry Desseauve où je lui présente la marque, je lui dis « Thierry nous partons de zéro », il me répond « Non non, Frédéric vous ne partez pas de zéro vous partez de moins que zéro » ! C’était tellement vrai !

Comment vous vous positionnez sur le marché aujourd’hui ?
Aujourd’hui, on se positionne surtout sur du bio chic. On fait du bio, mais on est chic. D’abord, on est en Champagne où le bio n’est pas forcément bien perçu, où il a encore, un côté un peu rustique. Nous avons vraiment envie de montrer que faire du bio en Champagne, c’est possible, c’est bon, et c’est même ultra chic, avec un positionnement très haut.
Puis surtout, nous avons beaucoup creusé le sillon de la singularité en essayant d’être extrêmement innovant. La Champagne peut évoluer. On tente de le démonter en ayant par exemple des contenants de vinification comme des barriques en or, ou en titane et même des globes en verre. Et puis on a des expériences comme celle de la cuvée « Abyss » que vous pouvez retrouver sur Envie de Champagne.

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